Toscane – Savonarole

Publié le par gillou

Jérôme Savonarole, en italien Girolamo Savonarola, né à Ferrare, le 21 ou le 24 septembre 1452 et mort sur le bûcher à Florence, le 23 mai 1498, est un frère dominicain, prédicateur et réformateur italien, qui institua et dirigea la dictature théocratique de Florence de 1494 à 1498.

Également appelé Hieronymus Savonarola ou encore Girolamo Savonarole, il est connu pour ses réformes religieuses, ses prêches anti-humanistes, son bûcher des vanités où disparurent de nombreux livres et de nombreuses œuvres d’art. Il prêcha de façon véhémente contre la corruption morale du clergé catholique, sans toutefois remettre en cause le dogme.

Il consacre ses premières années à Florence à l'étude, l'ascèse et la prédication. A cette époque, il semble plus reconnu pour les deux premières que pour la dernière. Après un intermède d'une année (1487), pendant laquelle il est maître d'études à Bologne, il est envoyé pour prêcher dans différentes cités de la région. Commence alors sa véritable carrière de prédicateur intransigeant, exhortant les masses populaires à revenir aux préceptes de l'Évangile et n’hésitant pas à s’attaquer à la toute puissance des Médicis. Peu convainquant au départ, son ascendant sur la foule du peule grandit et trouve un écho auprès de certains intellectuels de l’époque, notamment le comte Pic de la Mirandole, dont il devient le confesseur. En 1490, Laurent de Médicis use de son influence pour le faire revenir à Florence dans l'espoir de contrôler la dangereuse éloquence de son ennemi.

À cette époque, les moines, dans de nombreuses régions, se font marchands d’indulgences. En opposition à ces péchés, Savonarole s’éloigne du monde, et se replie de plus en plus sur l’étude de la Bible et des Pères de l'Église. À Florence, le couvent Saint-Marc est sévère (comme le montre ses vêtements et ses cilices). Ses sermons enflammés vont cependant conduire à une très grande réforme sociale. Savonarole n’est pas un théologien ; il ne met pas en place une doctrine, comme Luther ou Calvin. Il prêche simplement que la vie des chrétiens doit comporter plus de bonté, plutôt que d’étaler une splendeur excessive. Il ne cherche pas à affronter directement l’Église de Rome, mais à en corriger les excès. Savonarole prêche contre le luxe, la recherche du profit, la dépravation des puissants et de l'Église, la recherche de la gloire. Bien vite, pourtant, il montrera Alexandre VI et Rome comme les incarnations de l'Antéchrist.

Laurent de Médicis, précédent souverain de Florence et mécène de nombreux artistes de la Renaissance, est aussi l’ancien protecteur de Savonarole. Il est souvent dit qu’il appela Savonarole sur son lit de mort, en 1492, et que le moine vint.

Selon la légende, Laurent de Médicis sur son lit de mort, réfléchissant sur ce qu'il avait fait, n'a pas demandé ses prêtres attitrés pour se confesser, mais a réclamé Savonarole. Comme Savonarole hésitait à venir, Laurent renvoya un messager avec la promesse que si Savonarole venait, il ferait tout ce qu'il demanderait, voulant juste soulager sa conscience avec une confession. C’est ainsi qu’il déclara regretter les mauvais traitements envers Savonarole, et trois crimes qu’il n’avait jamais oubliés : le sac de Volterra, le pillage du Monte della Fanciulle, et le massacre des Pazzi. Savonarole répondit que trois choses devaient être faites :

  • avoir la foi dans le pardon de Dieu,
  • restituer ce qu’il avait volé dans la mesure du possible,
  • laisser la possibilité aux Florentins de constituer un gouvernement démocratique.

À cette dernière demande, Laurent aurait tourné le dos à Savonarole, qui le quitte sans l’absoudre.

Cependant, lui, puis son fils et successeur Pierre II de Médicis sont la cible des prêches de Savonarole. Laurent engage alors Fra Mariano, prédicateur populaire, pour prêcher contre Savonarole. Mais malgré son éloquence, l'impression faite sur les Florentins est telle qu'il démissionne après son premier sermon.

Alors que Savonarole avait prédit qu'un nouveau Cyrus traverserait l’Italie pour y remettre de l'ordre, l'entrée fracassante de l'armée française de Charles VIII en Toscane en 1494 paraît confirmer sa prophétie.

Les Médicis sont renversés par la conquête française en 1494. Savonarole rencontre le roi de France, négocie les conditions de la paix, qu’il adoucit, et évite le sac de la ville. Les Florentins sont autorisés par le roi de France à choisir leur propre mode de gouvernement. Savonarole devient alors dirigeant de la cité. Il institue un régime qu'il décrit comme une « République chrétienne et religieuse » ; une de ses premières décisions notables est de rendre la sodomie, auparavant punie d’amende, passible de la peine de mort. Mais il modifie également le système d’imposition pour le rendre plus juste, abolit la torture, prend des lois contre l'usure (plus dures que celles existant déjà), établit une cour d’appel et un système de secours aux pauvres. Les principaux ennemis de Savonarole sont alors le duc de Milan Ludovico Sforza, ennemi du roi de France, et le pape Alexandre VI.

Les pamphlets violents contre les Médicis, auxquels il reproche d'être corrompus, contribuent à l’expulsion de Pierre de Médicis par les Florentins en 1495. Savonarole s'impose comme le chef politique de la cité, où il exerce une dictature théocratique proclamant Jésus-Christ « roi du peuple florentin ». Savonarole prend en main la jeunesse : les jeunes adolescents, revêtus de robes blanches, parcourent les rues pour inciter les Florentins à l’aumône et à la charité (de plus en plus forcée).

En 1497, Savonarole et ses disciples élèvent le bûcher des Vanités. Des jeunes garçons sont envoyés de porte en porte pour collecter tous les objets liés à la corruption spirituelle : miroirs, cosmétiques, les images licencieuses, les livres non-religieux, les jeux, les robes les plus splendides, les nus peints sur les couvercles des cassoni, les livres de poètes jugés immoraux, comme les livres de Boccace et de Pétrarque. Ces objets sont brûlés sur un vaste bûcher de la Piazza della Signoria. Des chefs-d’œuvre exceptionnels de l’art florentin de la Renaissance ont ainsi disparu dans le bûcher, y compris des peintures de Sandro Botticelli, que l’artiste y avait apportées lui-même.

Cependant, Florence se lasse des excès de Savonarole. Lors du sermon de l’Ascension du 4 mai 1497, des bandes de jeunes déclenchent une émeute, qui devient une révolte : les tavernes rouvrent, les jeux reprennent publiquement.

Le 23 mai, Savonarole est excommunié par Alexandre VI, et, en 1498, le pape l’accuse d’hérésie, de prophétisme, de sédition et d’erreur religieuse. Le procès de l'Inquisition est mené par les Dominicains, comme le veut la tradition – c'est aussi l'ordre auquel appartient Savonarole. Aucune preuve d'hérésie n'est apportée, en dehors du fait qu'il affirme être un prophète parlant sous l'inspiration divine. Deux moines sont condamnés avec lui pour l'avoir confirmé en public. Savonarole a perdu néanmoins toute crédibilité depuis qu'il a refusé de se soumettre à une disputatio que réclamaient ses partisans pour lui permettre de prouver sa bonne foi.

Il passe cinquante jours en prison, et y subit deux séances de tortures, administrées l'une par la ville de Florence, l'autre par un émissaire spécial du pape. Son corps blessé et ses bras brisés, il dicte en prison deux interprétations des Psaumes.

Le jour de sa mort, il parle de sa misère abyssale d'avoir déclaré sous la torture qu'il n'était pas inspiré.

« Je me rétracte. J'ai menti de peur de la torture et je veux que cela soit su publiquement. Que les abysses de mes péchés se dissolvent dans les abysses de votre merci. »

Ensuite il parle à ses deux frères, Domenico, qui s'est défié de lui, et Silvestro qui a peur de mourir. À Domenico : « Durant la nuit, il m'a été révélé qu'au moment de mourir tu devrais dire : ne me pendez pas, brûlez-moi vivant. Nous ne sommes pas les maîtres de nos propres morts. Nous devons être heureux de mourir comme Dieu l'a décidé pour nous ». À Silvestro : « Il m'a été révélé que tu voulais déclarer notre innocence. Jésus ne l'a pas fait sur la croix. Et nous ne le ferons pas ».

Sur la place de la Seigneurie, des Dominicains viennent leur demander de leur rendre son habit afin de ne pas déshonorer l'ordre. Savonarole répond : « Je ne vous le donnerai pas, mais vous pouvez le prendre ».

Le légat du pape vient ensuite voir Savonarole et ses deux compagnons, pour leur déclarer qu'ils sont condamnés comme hérétiques et schismatiques, et donc exclus de l'Église militante et l'Église triomphante, l'Église sur terre et l'Église des cieux. « Vous pouvez nous exclure de l'Église temporelle, mais vous n'avez pas autorité sur la seconde », répond Savonarole.

Le légat leur lit ensuite un parchemin par lequel le pape leur concède la grâce d'une indulgence plénière. Toute punition au purgatoire sera suspendue et leur innocence restaurée. « Acceptez-vous ? » demande-t-il.

Ils sont pendus puis brûlés sur la place où avait été élevé le bûcher des Vanités. Le bourreau aurait allumé le bûcher en hurlant : « Celui qui a voulu me brûler est maintenant livré aux flammes ». Machiavel a aussi assisté à l’exécution. Les Médicis reprennent le contrôle de la ville.

Même après sa mort, Savonarole continue d’exercer une influence sur ceux qui l’ont connu : ainsi, Botticelli ne peindra plus de nu après l’épisode du bûcher des Vanités. Une plaque commémorative indique toujours l'emplacement de son bûcher sur la Piazza della Signoria à Florence.

Publié dans gillou45

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