L'alsacien, une vraie langue, une histoire vraie 1/2

Publié le par gillou

L’établissement d’une langue germanique sur le territoire alsacien coïncide avec l’écroulement de l'Empire Romain au 4ème siècle, lorsque les Allamans se sont massivement installés sur la rive gauche du Rhin, jusque là faiblement peuplée par des Romains et des Celtes. Une deuxième vague d'immigration composée de Francs les rejoint un siècle plus tard, ces derniers pénétrant néanmoins plus à l’Ouest que leurs prédécesseurs. Une frontière linguistique courant le long des Vosges apparaît rapidement entre les 'Alsaciens' d'alors et le reste de l'hexagone, qui développe une langue latine. Le Serment de Strasbourg de 842, traité de paix entre Charles le Chauve et Louis le Germanique, et rédigé dans les deux langues, est une illustration de cette situation. A cela suivent presque 1000 ans de quasi-monopole de la langue allemande en Alsace, sous la forme d'un dialecte germanique.

Au 17ème siècle, au terme de la Guerre de Trente Ans (1648), le Traité de Westphalie accorde une grande partie de la région au Royaume de France. Louis XIV ne s'intéresse pourtant guère a la francisation de son nouveau territoire, fidèle à sa célèbre phrase: 'Ne touchons point aux affaires d'Alsace. Un changement radical intervient avec la Révolution Française et le réveil du nationalisme au cours du 18ème siècle. Sous prétexte de réaliser l'unité de la Nation et puisque l'allemand est la langue de l'ennemi politique et idéologique, l'administration française naissante inaugure une ère d'intolérance linguistique en Alsace, aspirant à imposer le français comme seule langue. Le français pénètre alors plus rapidement dans la population alsacienne, et, lorsqu'en 1871, l'Alsace devient avec la Lorraine une province du Reich allemand (Reichsland Elsaß-Lothringen), il est déjà un composant de son héritage culturel. Il est avant tout pratiqué dans les villes et par la haute bourgeoisie, la grande majorité de la population restant fidèle au dialecte.

La langue officielle devient l'allemand, à l'exception notable des communes francophones des vallées Vosgiennes et de Lorraine. L'attitude allemande est plus respectueuse des particularités de la nouvelle province, peut-être à cause de sa proximité culturelle, et lui confère peu à peu une autonomie politique (le maximum étant atteint en 1911 avec une Constitution régionale). Ceci aide les Alsaciens à s'accommoder de cette nouvelle situation. Après la Première Guerre Mondiale, pendant laquelle les privilèges acquis par 30 ans de revendications furent supprimés, l’Alsace accueille néanmoins avec enthousiasme le retour à la France. La lune de miel est pourtant de courte durée. La nouvelle administration pratique en effet une politique d'assimilation linguistique et culturelle extrêmes, imposant du jour au lendemain l'enseignement unique du français à une population germanophone à plus de 90%. Le 'malaise alsacien' prend son origine dans le centralisme jacobin exercé à cette époque, et s'est rapidement traduit par une montée en puissance d'un mouvement autonomiste alsacien, à partir de 1924, et de revendications linguistiques jamais satisfaites. Pendant la Deuxième Guerre Mondiale, après la défaite française, l'Alsace devient une province allemande. L'intermède nazi (1940-44), alliant une oppression politique à une oppression linguistique (germanisation des noms de familles, interdiction de livres français et des symbole rappelant la France, comme le port du béret basque.) fut dévastateur pour l'image de l'Allemagne et de sa langue.

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